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Procès RN: l'heure des réquisitions pour Marine Le Pen, qui joue une quatrième candidature à l'Elysée

| AFP | 348 | Aucun vote sur cette news
Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement National (RN), arrive au Palais de Justice de Paris? le 3 février 2026
Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement National (RN), arrive au Palais de Justice de Paris? le 3 février 2026 ( Thomas SAMSON / AFP )

Le parquet général doit prendre mardi après-midi ses réquisitions contre Marine Le Pen, le RN et dix cadres du parti rejugés à Paris dans l'affaire des assistants parlementaires européens, après les premières plaidoiries de la partie civile dans la matinée.

La leader d'extrême droite, actuellement inéligible, joue une quatrième candidature à la présidentielle.

Après onze jours de débats, les deux avocats généraux ont prévu près de six heures pour, sauf surprise, démontrer la culpabilité des mis en cause de détournement de fonds publics entre 2004 et 2016. En l'espèce, les enveloppes du Parlement européen pour rémunérer les assistants des eurodéputés du Front national (devenu Rassemblement national) dont l'activité n'aurait été qu'au seul bénéfice du parti.

Les deux représentants de l'accusation, Stéphane Madoz-Blanchet et Thierry Ramonatxo, auront ensuite à réclamer des peines à l'endroit de chacun des prévenus.

Si la cour d'appel de Paris n'est pas liée par les réquisitions, ces dernières constituent malgré tout une indication et devront répondre à une question centrale: Marine Le Pen doit-elle pouvoir se présenter à l'élection présidentielle de 2027 ?

En première instance, le 31 mars, le tribunal correctionnel avait répondu par la négative en la condamnant à quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme, 100.000 euros d'amende et, surtout, cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate. Un jugement globalement conforme aux réquisitions de l'époque.

Seule une éventuelle peine d'inéligibilité inférieure à deux ans, et l'absence d'une condamnation au port d'un bracelet électronique, perçu comme incompatible avec la possibilité de mener campagne, pourrait lui permettre d'entrevoir à nouveau un avenir politique.

La cour d'appel rendra sa décision "d'ici l'été".

"Zone interdite"

Mardi matin, les avocats du Parlement européen, partie civile, ont dénoncé dans leurs plaidoiries la "confiance (du Parlement dans les députés) trahie pendant des années, pour plusieurs millions d'euros".

"C'est aussi la confiance des citoyens et des contribuables de l'Union européenne qui a été trahie", a insisté Me Patrick Maisonneuve.

"(Bruno) Gollnisch lui-même nous dira qu'il n'y a pas de système, il y a eu une organisation. M. Gollnisch trouve que le mot +organisation+ est plus élégant que le mot +système+", a-t-il raillé, relevant que "c'est le Parlement européen qui, sans le savoir, s'est chargé d'assurer la continuité du service du Front national".

Fustigeant le "positionnement de façade" des prévenus à l'audience, qui ont mis en avant des "zones grises" des règles du Parlement européen sur l'emploi d'assistants parlementaires, son autre avocate, Me Bérénice de Warren, a fait observer à la cour que "ce n'est absolument pas la réalité de tous les dossiers qui vous ont été soumis".

"On n'est pas dans une zone grise, on est en zone interdite", a-t-elle asséné.

Les débats sur le fond, achevés lundi, ont confirmé le fonctionnement pour le moins chaotique du parti et de ses eurodéputés vis-à-vis de ces "assistants".

L'ancien élu Fernand Le Rachinel quitte la salle d'audience à la fin de la première journée d'audience de son procès en appel pour détournement présumé de fonds publics européens, au tribunal de Paris, le 13 janvier 2026
L'ancien élu Fernand Le Rachinel quitte la salle d'audience à la fin de la première journée d'audience de son procès en appel pour détournement présumé de fonds publics européens, au tribunal de Paris, le 13 janvier 2026 ( Alain JOCARD / AFP/Archives )

Premier à déposer à la barre il y a trois semaines, l'ancien élu Fernand Le Rachinel a expliqué que ces collaborateurs "travaillaient vraiment, mais pas dans les bonnes cases", et que c'était Jean-Marie Le Pen, président du parti jusqu'à ce que sa fille Marine lui succède en 2011, "qui décidait".

Puis l'eurodéputé Nicolas Bay, qui a "reconnu" que son assistant, Timothée Houssin, l'a "aidé" dans ses "activités politiques nationales"; ou le député Julien Odoul, qui a admis "ne pas avoir travaillé" les premiers mois de mandat pour l'eurodéputée Mylène Troszczynski dont il était supposément l'assistant.

Le maire de Perpignan, Louis Aliot, a lui fait état d'un "grand désordre" dans le parti à l'époque des faits.

Marine Le Pen a pour sa part, dès l'entame du procès, contesté toute "intention" de commettre une infraction, protestant de sa "bonne foi".

Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement National (RN), quitte le Palais de Justice de Paris, lors d'une pause pendant son procès en appel pour détournement de fonds publics européens, le 21 janvier 2026
Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement National (RN), quitte le Palais de Justice de Paris, lors d'une pause pendant son procès en appel pour détournement de fonds publics européens, le 21 janvier 2026 ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP/Archives )

Le 21 janvier, à l'issue de son interrogatoire de treize heures commencé la veille, elle avait résumé: "Est-ce que c'était lié à la désorganisation (du parti)? Peut-être. Est-ce que les uns et les autres ont eu le sentiment de commettre un délit? Je suis convaincue que non. Est-ce que le parti a commis un délit de manière intentionnelle? Je crois que non", et s'"il y a des assistants qui ont fait bénéficier leur force de travail au parti, je ne dis pas que c'était volontaire de leur part".

Mardi matin, Me Maisonneuve a ironisé: ce procès, "c'est un peu la théorie de la confiture: +J'ai mis la main dans la confiture mais personne ne m'a dit que c'est de la confiture+".

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