Boulangers et fleuristes: les débats sensibles autour du 1er-Mai reprennent au Sénat

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Après l'échec d'une première réforme retirée face à la fronde des syndicats, l'encadrement du travail des salariés des boulangers et fleuristes le 1er-Mai fait l'objet d'un projet de loi examiné mardi au Sénat
Après l'échec d'une première réforme retirée face à la fronde des syndicats, l'encadrement du travail des salariés des boulangers et fleuristes le 1er-Mai fait l'objet d'un projet de loi examiné mardi au Sénat ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

Nouveaux désaccords en vue au Parlement: après l'échec d'une première réforme retirée face à la fronde des syndicats, le gouvernement propose mardi au Sénat de clarifier la possibilité pour les boulangers et fleuristes de faire travailler leurs salariés le 1er-Mai.

Loi de bon sens ou attaque en règle contre le seul jour férié et chômé du calendrier ? Les débats s'annoncent tendus à la chambre haute autour de cette date symbole de la lutte pour les droits des travailleurs.

Environ 200 à 300 militants de la CGT, la FSU, Solidaires et FO se sont réunis en début d'après-midi devant les grilles du jardin du Luxembourg, près du Sénat, pour manifester leur opposition à ce projet, a constaté une journaliste de l'AFP à quelques minutes de l'ouverture des débats.

La numéro un de la CGT Sophie Binet a dénoncé les "petits calculs politiciens" du gouvernement, fustigeant un projet de loi qui profiterait selon elle non pas aux petits artisans, mais à "la grande distribution, à Interflora, à Marie Blachère, à Eric Kayser, à Paul, à toutes les grandes chaînes qui sont aujourd'hui en train de vampiriser l'artisanat".

Le sujet a pris une tournure éminemment politique, le Premier ministre Sébastien Lecornu et le Patron de renaissance Gabriel Attal s'affichant même chacun de leur côté dans une boulangerie le 1er mai dernier pour défendre "la liberté de travailler".

C'est au nom de ce principe que le gouvernement revient devant le Parlement avec un projet de loi de "clarification".

Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, quitte le palais de l'Elysée à Paris, le 10 juin 2026
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, quitte le palais de l'Elysée à Paris, le 10 juin 2026 ( Ludovic MARIN / AFP/Archives )

En quelques lignes à peine, le texte porté par le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou prévoit que les artisans boulangers-pâtissiers et fleuristes puissent faire travailler leurs salariés ce jour-là, sous réserve qu'un accord de branche fixe les conditions de recueil de leur volontariat et de leur rémunération.

Cela fait suite à l'abandon d'un précédent texte d'origine sénatoriale qui se voulait plus large et avait ulcéré les syndicats et la gauche. Le gouvernement, sous pression, avait renoncé à le faire cheminer au Parlement, préférant reprendre la main sur cette réforme sensible en proposant son propre texte de sécurisation juridique.

Le 1er-Mai est un jour obligatoirement chômé et payé. Le Code du travail prévoit toutefois que les établissements qui ne peuvent pas interrompre leurs activités puissent faire travailler leurs salariés, en les payant double, mais sans préciser les métiers concernés, laissant la place aux interprétations.

Et une forme de tolérance prévalait pour les boulangers et les fleuristes, mais le débat a été relancé l'an dernier après des contrôles de boulangers, suivis d'amendes.

D'autres professions bientôt concernées ?

Le Premier ministre Sébastien Lecornu achète du pain dans une boulangerie à l'occasion de la Fête du Travail à Saint-Julien-Chapteuil, le 1er mai 2026 en Haute-Loire
Le Premier ministre Sébastien Lecornu achète du pain dans une boulangerie à l'occasion de la Fête du Travail à Saint-Julien-Chapteuil, le 1er mai 2026 en Haute-Loire ( Kenzo TRIBOUILLARD / POOL/AFP/Archives )

C'est précisément ce flou auquel entend remédier le texte de loi. "C'est un premier pas", a reconnu auprès de l'AFP le rapporteur du texte au Sénat, Olivier Henno (UDI), non sans regretter qu'il ne se limite qu'aux boulangers et aux fleuristes.

"Ma conviction personnelle, c'est qu'il aurait fallu l'étendre à tous les métiers de bouche et aux entreprises culturelles - cinémas et théâtres", ajoute-t-il, regrettant que les débats se soient "envolés dans des postures politiques".

Certaines autres professions, comme la boucherie et la poissonnerie, ont en effet déploré une "rupture manifeste d'égalité". Mais le Sénat devrait maintenir la dérogation aux seuls boulangers et fleuristes.

"Ce projet vise en réalité à banaliser le travail le 1er mai, au profit des grands groupes", a fustigé la CGT dans un communiqué. "Derrière l'objectif des fleuristes et boulangeries, tout sera permis ensuite très facilement pour que ce soit élargi", s'inquiète Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT, pour qui une "brèche" sera ouverte avec ce texte.

"Remettre en cause le principe même du seul jour chômé et payé dans notre pays est une faute politique, alors que le problème des salariés est le pouvoir d'achat", s'indigne le chef des sénateurs socialistes Patrick Kanner.

Le Sénat, dominé par une alliance entre la droite et les centristes, devrait l'adopter sans difficulté. Son examen à l'Assemblée nationale, qui s'annonce plus mouvementé, n'est pas encore programmé. L'objectif est d'aboutir à une adoption définitive avant le 1er mai 2027.

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