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Moyen-Orient: le gouvernement amplifie les aides sans détailler les économies à venir

| AFP | 375 | Aucun vote sur cette news
Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 mai 2026
Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 mai 2026 ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

Face à la crise au Moyen-Orient qui va "durer" Sébastien Lecornu et son gouvernement ont annoncé jeudi une prolongation et une amplification des aides, à hauteur de 710 millions d'euros, pour faire face à la hausse des prix des carburants, sans pour autant détailler les économies à venir pour ne pas creuser davantage le déficit.

Désireux de "changer d'échelle" sans abandonner "personne", le Premier ministre et dix de ses ministres ont détaillé lors d'une conférence de presse ce nouveau paquet de mesures de "soutien à l'activité" percutée de plein fouet par la guerre en Iran, avec la même "philosophie" d'aides aux secteurs les plus touchés.

Les aides sectorielles existantes pour les agriculteurs, les transports, la pêche ou le BTP, vont être prolongées jusqu'à l'été, et les entreprises sont invitées à verser une prime carburant augmentée à leurs salariés.

Parmi les plus vulnérables, les aides à domicile, qui utilisent beaucoup leur voiture, et les fonctionnaires verront leurs indemnités kilométriques revalorisées. L'aide aux gros rouleurs de 50 euros sera doublée à 100 euros.

Car "d'une manière ou d'une autre, sous une forme ou sous une autre, cette guerre va durer, soit de manière froide (..) soit malheureusement aussi avec une reprise du conflit et des frappes, ce qui est un scénario évidemment possible", a prévenu Sébastien Lecornu.

Mais comment aider davantage les métiers touchés sans creuser le déficit ou contraindre les dépenses ?

Avancer "prudemment"

Il faut "avancer prudemment" pour ne pas "casser la croissance", a souligné le chef du gouvernement parce que ces aides et la guerre ont "un coût" et un "certain nombre d'économies" seront "nécessaires". Elles seront détaillées dans un comité d'alerte sur les finances publiques qui se réunira au mois de juin.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 mai 2026
Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors d'une conférence de presse à Paris, le 21 mai 2026 ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

Le gouvernement a déjà annoncé six milliards d'euros de gels ou annulations de crédits sur les dépenses publiques en 2026, dont quatre sur l'Etat et deux dans "la sphère sociale", qu'il envisage de "remettre à jour".

Le Premier ministre a écarté de nouveau "toute baisse générale indiscriminée de la fiscalité sur le carburant" qui coûte "très cher" aux finances publique. Elle reste l'une des demandes d'une partie des oppositions pour soulager la facture énergétique des ménages.

Pas question non plus de réclamer aux Français plus de sobriété dans leur consommation de carburant. "Il ne faut pas emmerder les Français" en leur faisant la "leçon" sur la façon dont ils doivent vivre, a affirmé M. Lecornu, reprenant une formule célèbre de son lointain prédécesseur Georges Pompidou.

Le gouvernement s'en remet en partie aux entreprises, en renforçant la prime carburant pour les salariés. Le montant maximum de cette prime désfiscalisée versée par les employeurs sera portée de 300 à 600 euros.

M. Lecornu avait déjà salué la mesure prise par le groupe pétrolier TotalEnergies de plafonner les prix à la pompe dans ses stations-service, à défaut de le faire à son niveau compte tenu des contraintes budgétaires.

Les signaux d'alerte se multiplient sur l'économie française. Le Fonds monétaire international a revu jeudi à la baisse sa prévision de croissance pour la France – de 0,9% à 0,7%- pour 2026, et prévenu que la réponse du gouvernement à la crise énergétique devrait rester "limitée, temporaire et ciblée", jugeant "insuffisant" le rythme de redressement actuel du pays.

"Aucun surplus"

"Nous n'avons aucune marge de manœuvre budgétaire", a prévenu le président Les Républicains du Sénat Gérard Larcher, pointant un risque de "récession", alors que l'activité en France a connu son plus fort recul depuis cinq ans et demi en mai, selon l'indice PMI Flash.

Le blocage du détroit d'Ormuz a fait flamber les prix des carburants, renchérit les matériaux dérivés du pétrole comme le plastique et fait grimper les intérêts de la dette publique
Le blocage du détroit d'Ormuz a fait flamber les prix des carburants, renchérit les matériaux dérivés du pétrole comme le plastique et fait grimper les intérêts de la dette publique ( Philippe LOPEZ / AFP/Archives )

Le conflit au Moyen-Orient a conduit à un blocage du détroit d'Ormuz, par où transite un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié.

Une situation qui fait flamber les prix des carburants, renchérit les matériaux dérivés du pétrole comme le plastique et fait grimper les intérêts de la dette publique, alors que le gouvernement veut tenir le déficit à 5% du produit intérieur brut (PIB) en 2026.

Le rapporteur général du budget au Sénat, Jean-François Husson (LR), a demandé mercredi le dépôt "sans délai" d'un budget rectificatif pour apporter une "vraie clarification" sur les économies envisagées.

Le chemin est étroit. Car "la guerre ne crée aucun surplus" fiscal pour l'Etat, a indiqué le ministre des Comptes publics David Amiel. Si les recettes fiscales liés à l'envolée des prix des carburants ont représenté entre le 1er mars et le 20 mai 10 millions d'euros, elles sont partiellement compensées par une baisse de la consommation.

"Beaucoup de mots, beaucoup de ministres et beaucoup de temps pour aucune annonce sérieuse. Les millions de Français qui subissent la hausse des prix du carburant vont continuer à subir", a regretté à l'issue de cette conférence de presse le coordinateur de LFI Manuel Bompard.

Autre conséquence de l'envolée des prix, le Smic augmentera mécaniquement le 1er juin de 2,4%. Ce qui rend "impératif", aux yeux de la CFDT, l'ouverture de négociations salariales, alors que les entreprises de leur côté craignent de subir un gel des allègements de cotisations sociales à hauteur de deux milliards d'euros.

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