Air Liquide, l'hélium et le conflit au Moyen-Orient
(Zonebourse.com) - Derrière la montée des tensions au Moyen-Orient, certaines pénuries émergent : celle de l'hélium, par exemple. Discret mais essentiel pour les semi-conducteurs, l'imagerie médicale et l'aérospatial, ce gaz subit des contraintes d'approvisionnement sévères. Dans quelle mesure le numéro un mondial, Air Liquide, en profitera-t-il ?
La guerre en Iran ne secoue pas seulement les marchés de l'énergie. Elle fragilise aussi une ressource bien moins visible, mais tout aussi stratégique : l'hélium. Indispensable au refroidissement des équipements de pointe, ce gaz subit un choc d'offre depuis l'arrêt des exportations de gaz naturel du Qatar, qui pèse 34% de la production mondiale. Les principaux distributeurs sont les géants des gaz, Air Liquide, Linde et Air Products.
Associé aux ballons de fête, l'hélium est en réalité au coeur de nombreuses industries critiques. Il permet de stabiliser les températures dans la fabrication des semi-conducteurs, de faire fonctionner les IRM et de sécuriser les lancements de fusées. Or, sur Terre, il est rare : piégé en faibles quantités dans certains gisements de gaz naturel, il est long à produire. Impossible d'augmenter rapidement l'offre. La tension monte donc sur un marché déjà étroit. Les industriels, habituellement couverts par des contrats à long terme, se tournent vers le marché au comptant, où les prix ont plus que doublé, pour garantir leurs approvisionnements. "C'est le cygne noir que tout le monde redoutait", confie au Wall Street Journal Cliff Cain, de la société Pulsar.
Mais n'est-ce pas un peu excessif ?
Ce qui est sûr, c'est que les frappes iraniennes ont endommagé les installations gazières de Ras Laffan, au Qatar, réduisant les exportations d'hélium de 14% et laissant entrevoir des années de réparations. Même en cas d'accalmie rapide, les effets seront durables. Air Liquide a prévenu, il y a plusieurs jours, que sa fourniture d'hélium sera pénalisée par la situation.
Pour autant, la situation n'est pas critique en matière d'approvisionnement : ce sont surtout les prix qui sont touchés par la montée du risque. Bernstein estime que le risque de perturbation pour les semi-conducteurs reste faible grâce à plusieurs amortisseurs : stocks importants chez les industriels (jusqu'à 6 mois), capacité de recyclage élevée (75-90%), stockage en cavernes et montée en puissance de la production russe.
Air Liquide et sa caverne à hélium
"Avec la situation au Moyen-Orient et les attaques survenues la semaine dernière contre le gisement de gaz naturel, il existe aujourd'hui une pénurie d'hélium", a concédé Armelle Levieux, vice-présidente du groupe Air Liquide, à Reuters la semaine dernière. A ce stade, le géant français du secteur a procédé à une réallocation de son approvisionnement via d'autres zones géographiques. Air Liquide est par exemple un fournisseur clef de TSMC, dont il approvisionne plus de 60 installations à Taïwan.
Le groupe dispose en outre d'une "caverne" dédiée au stockage d'hélium en Allemagne. Opérationnelle depuis 2016, elle est située à Gronau-Epe (Rhénanie-du-Nord Westphalie). A l'époque, il s'agissait d'une première mondiale : le stockage a lieu à 1 300 mètres sous terre dans une cavité de sel gérée par Air Liquide, où l'eau salée naturelle est utilisée pour ajuster le volume de stockage. Il y a dix ans, le groupe soulignait pouvoir y stocker "plus d'une année de son approvisionnement en hélium".
Air Liquide génère environ 2,5% de son chiffre d'affaires avec l'hélium (le groupe le plus exposé du secteur est Air Products, qui tire 7,5% de ses revenus de ce gaz). Bernstein a calculé qu'une hausse de 10% du prix de l'hélium améliorerait de 1,1% le bénéfice net du français en fin d'année, toutes choses égales par ailleurs. C'est relativement faible. Le bureau d'études souligne que le groupe est bien positionné structurellement, grâce notamment au stockage stratégique dans les cavernes salines d'Allemagne, qui renforce sa capacité à tenir ses engagements clients et capter les hausses de prix, notamment sur le marché spot, même si une grande partie des volumes est contractualisée. Une tension sur l'hélium est donc globalement positive mais marginale pour Air Liquide.
Quoi qu'il en soit, les vertus défensives du groupe français et les bruits de pénurie profitent à l'action depuis le début de l'année. Le titre gagne 11% et surperforme largement le Stoxx Europe 600 (-1,9%) et le CAC 40 (-4,6%). Les analystes, qui sont toujours un peu gênés par la valorisation de l'action, semblent profiter de l'effet d'aubaine. Ces derniers jours, Morgan Stanley et Kepler Cheuvreux ont relevé leurs recommandations. Les objectifs de cours se sont resserrés à la hausse. L'objectif moyen à 12 mois du consensus S&P Capital IQ est à 196 EUR, avec une fourchette de 168 à 216 EUR. Le titre cote ce matin 177,66 EUR, après cinq séances consécutives de hausse.
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source : AOF
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