Route du Rhum : Tom Laperche triomphe, record à la clé
Magistral depuis le coup de canon à Saint-Malo, Tom Laperche (SVR Lazartigue) a remporté dans la nuit de samedi à dimanche la prestigieuse Route du Rhum, et ce dès sa première participation et en pulvérisant le record de la transatlantique.
Le skipper de 29 ans a passé la ligne à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) à 22h31 locales, soit 03h31 dimanche à Paris, après 6 jours 13 heures et 27 minutes en mer, améliorant de six heures le chrono de référence établi par Charles Caudrelier en 2022.
À l'approche de la bouée d'arrivée, le jeune marin, habituellement réservé, a laissé exploser sa joie, sautant plusieurs fois pieds nus sur le grand filet de son trimaran, tout en saluant son équipe technique venue l'accompagner dans les derniers milles.
Après une semaine en isolement total dans l'Atlantique, le skipper a retrouvé en quelques instants les embrassades de ses proches, les flashs de dizaines de photographes et les applaudissements de milliers de personnes réunies sur les quais.
"C'est une victoire énorme, c'est ma course de rêve, quand j'ai commencé la voile s'il y avait une chose que je voulais gagner, c'était la Route du Rhum", a lâché sur les pontons Laperche, les yeux brillants d'émotion.
Le marin breton, qui avait pris les commandes dès les premières heures à la bouée du Cap Fréhel, a réalisé toute la transat en tête -à l'exception de quelques heures mercredi où Thomas Coville (Sodebo), sur une route plus Sud, était géographiquement plus proche de l'arrivée- et négocié avec brio les nombreuses transitions météo.
"Un rêve de gosse"
"Sur cette course, j'ai parfois réussi à basculer dans une forme d'état de grâce : dès que je prenais une décision, c'était la bonne", a raconté Laperche, qualifiant d'"absolument extraordinaires à vivre" ces instants.
Une fois le champagne débouché, son petit frère Mathieu, son père Philippe, dentiste et ancien coureur au large, sa mère Sabine et ses grands-parents lui ont sauté dessus pour l'enlacer.
"J'ai toujours vu des images incroyables des arrivées de grands champions, (...) je suis hyper impressionné par l'accueil et le bruit, cela me touche énormément", a-t-il lancé en direction des Guadeloupéens, très nombreux malgré l'heure tardive.
Il partait favori à la barre du SVR Lazartigue, bateau conçu dans l'écurie MerConcept du marin charentais François Gabart, le vainqueur du Vendée Globe 2012/2013 et son mentor pendant très longtemps.
Mis à l'eau en 2021, le grand trimaran bleu qui a remporté l'année dernière la Transat Café L'Or était considéré comme l'Ultim le mieux préparé de la flotte au départ du Rhum, avec le Banque Populaire d'Armel Le Cléac'h.
Coville et Burton en approche
Mais alors qu'il était à la lutte dans le sillage de Laperche, Le Cléac'h a chaviré mercredi avant d'être secouru par un cargo panaméen. Son équipe a affrété un bateau pour tenter de récupérer le maxi-trimaran au large des Açores.
"Je peux vous dire que quand on apprend ça tout seul au milieu de l'océan, c'est une sacrée émotion, ça glace le sang. Je ne savais plus trop quoi faire et j'étais vraiment fébrile", a raconté Laperche.
Celui-ci a d'ailleurs bénéficié d'une bonification d'une heure et deux minutes pour s'être temporairement dérouté vers Le Cléac'h.
"Après l'accident, la physionomie de la course a un petit peu changé. La gestion du risque est devenue beaucoup plus importante, reléguant la gestion de la performance un peu en dessous dans la pile des priorités", a détaillé Franck Cammas, vainqueur de la Route du Rhum en 2010 et intégré à la cellule de routage du champion cette année.
Coville et Louis Burton (Armand Thiery), les premiers poursuivants de Laperche, devraient compléter dimanche le podium.
Vers 14h00, heure de Paris, Coville avait entamé la dernière difficulté de la traversée -le contournement parfois piégeux de la Guadeloupe en raison de l'impact du relief sur le vent- et se trouvait à 48 milles (88 km) de la ligne d'arrivée qu'il pourrait franchir vers 18h30, selon son équipe.
"J'ai passé une dernière nuit fantastique à slalomer entre les grains orageux. Le ciel était magnifique, avec les étoiles, les étoiles filantes et les îles", a de son côté déclaré Burton, une quarantaine de milles derrière Coville. "Et tant que la ligne n'est pas coupée, rien n'est terminé!"
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