Défaits par la DZ Mafia, Félix Bingui et des rescapés du clan Yoda jugés à Marseille
Présenté comme le chef incontestable du clan Yoda, Félix Bingui, figure du narcobanditisme marseillais, encourt jusqu'à 20 ans de prison dans un procès qui a débuté lundi et va disséquer l'ascension puis le démantèlement d'un des plus juteux trafics de la cité phocéenne.
Félix Bingui, qui s'est présenté à l'audience crâne rasé, sweatshirt noir, visage concentré, est l'un des trois prévenus à comparaître détenu devant la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille, spécialisée dans la criminalité organisée, avec un dispositif de sécurité renforcé.
Aux deux premiers rangs de la salle d'audience, ont pris place 14 autres prévenus, sous contrôle judiciaire, parmi lesquels deux femmes, tous membres présumés du gang Yoda, défait après une guerre sanglante contre la DZ Mafia en 2023, pour le contrôle du trafic de stupéfiants. Deux autres mis en cause dans ce procès, prévu jusqu'au 5 juin, sont en fuite.
Lorsque Félix Bingui avait été extradé du Maroc en janvier 2025, le ministre de la Justice Gérald Darmanin s'était félicité de la remise de "l'un des plus gros narcotrafiquants français".
"Scandale judiciaire"
Dans sa première intervention, son avocat Me Philippe Ohayon, a déposé une demande de supplément d'information, réclamant l'audition de trois policiers, mis en examen dans l'affaire Trident portant sur des dérives de l'Office antistupéfiants (Ofast) de Marseille.
Selon lui, ce trio d'enquêteurs, "prêts à tout pour faire tomber" un trafiquant, est à l'origine de "80% des actes d'investigation" dans cette affaire, en particulier des écoutes réalisées selon lui "en dehors des voies légales".
Mettant en garde contre un "scandale judiciaire potentiel", Me Ohayon a rappelé que son client encourait "jusqu'à 20 ans de prison, ce qui est rare en correctionnelle".
Le tribunal a décidé de renvoyer sa décision au fond, rejetant ainsi la demande d'auditions au cours du procès.
A 35 ans, avec 13 mentions au casier judiciaire, notamment pour vols, détention d'armes ou encore trafic de stupéfiants, Bingui a fait toute sa carrière dans le narcotrafic, sa dernière condamnation, à six ans de prison, remontant à octobre 2024.
Il est jugé cette fois pour avoir dirigé entre 2021 et 2023 plusieurs points de vente des quartiers Nord, principalement celui de La Fontaine, situé à l'entrée de la cité de la Paternelle, dans le 14e arrondissement, alors l'un des plus lucratifs de Marseille.
C'est cette cité d'à peine 700 habitants mais avec un accès direct à l'autouroute A7, qui sera début 2023 au cœur de la guerre de territoires entre les Yoda, qui tirent leur nom du maître jedi de "Star Wars", et la future DZ Mafia.
Parallèlement, un renseignement fait état d'une violente altercation début février 2023 entre Félix Bingui et Abdelatif Mehdi Laribi, considéré comme l'un des pères de la DZ Mafia, dans une boîte de nuit de Phuket en Thaïlande.
Villa à Dubaï
Les mois suivants, Marseille connaîtra une vague record d'une cinquantaine de narchomicides, dont 35 directement liés à cette rivalité entre les deux gangs, et des dizaines de blessés.
Jusque là, le point de deal de La Fontaine tournait à plein régime, "ouvrant dès le matin et fonctionnant toute la journée sans discontinuer hormis durant les interventions des services de police qui stoppaient ponctuellement l'activité", selon les enquêteurs.
Appartements "nourrices" (d'armes ou drogues), lignes téléphoniques dédiées, communications cryptées : Félix Bingui, qui alterne entre séjours à l'étranger (Espagne, Maroc, Dubaï) et passages à Marseille, avait, selon l'enquête, mis en place un réseau "particulièrement organisé", avec à sa tête "un cercle restreint de proches sur lesquels il s'appuie". Ses "larbins", diront en audition certains coprévenus.
Le procès abordera également le train de vie somptuaire des accusés, qui pour la plupart ne déclaraient aucun revenu, mais multipliaient les voyages à l'étranger en classe affaires, les séjours dans des hôtels de luxe, les achats chez Vuitton, Hermès ou Louboutin...
Bénéficiant d'un statut de résident à Dubaï, Bingui, qui nie toutes les accusations, y possèderait plusieurs biens, dont une villa achetée sur plan pour deux millions d'euros.
Le procès de Félix Bingui, incarcéré dans la prison ultrasécurisée de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), se déroule un peu plus d'un mois, après celui, à Aix-en-Provence, de deux chefs présumés de la DZ Mafia pour un double assassinat commis en 2019.
■
Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote