Azerbaïdjan : Erdogan et Aliev affichent leur "unité" après des tensions
Le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliev ont affiché dimanche leur "unité de coeurs" lors d'une rencontre en Azerbaïdjan visant à apaiser de récentes tensions.
Les relations turco-azerbaïdjanaises se sont dégradées après l'adoption par Bakou, en septembre, de nouvelles règles sur les uniformes scolaires qui ont restreint le port du voile islamique.
Cette mesure, critiquée en Turquie, a entraîné une brouille diplomatique alimentée par d'autres désaccords entre Ankara et Bakou, notamment concernant la coopération entre Israël et l'Azerbaïdjan.
Dans ce contexte, les dirigeants turc et azerbaïdjanais ont tenu dimanche à montrer la pérennité de leur alliance.
"Avec la permission de Dieu tout-puissant, notre unité perdurera pour toujours", a déclaré M. Erdogan lors d’une conférence de presse conjointe avec M. Aliev depuis la cité de Choucha.
Cette ville symbolique et sa citadelle datant du XVIIIe siècle ont été reconquises en novembre 2020 par l'armée azerbaïdjanaise, avec le soutien militaire d'Ankara, lors d'une guerre contre les séparatistes arméniens de la région du Karabakh.
Il y a défendu une "unité des cœurs" entre la Turquie et l'Azerbaïdjan qui, selon lui, "puise sa force dans notre passé commun et éclaire notre avenir".
Ces deux pays voisins, dont les langues sont très proches, ont des liens politiques, militaires, économiques et culturels étroits, résumés par la devise "une nation, deux États" employée par leurs diplomaties respectives.
Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a souligné au côté de M. Erdogan, que leur alliance couvrait "une vaste zone géographique".
"Ensemble, l'Azerbaïdjan et la Turquie sont encore plus forts", a-t-il dit, estimant que la visite de son homologue montrait leur "unité" au "monde entier".
"Ingérence"
L'Azerbaïdjan, une ex-république soviétique majoritairement chiite, est l'un des États les plus laïques du monde musulman, tandis que la Turquie affiche une politique ouvertement islamo-conservatrice.
Les nouvelles règles prises par Bakou sur les uniformes scolaires interdisent les ajouts jugés incompatibles avec la laïcité.
Bien qu'elles ne mentionnent pas le voile, des jeunes filles portant le hijab auraient été refusées à l'entrée d'établissements scolaires, provoquant des manifestations en Azerbaïdjan.
Le Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir en Turquie et issu de l'islam politique, a exigé que Bakou revienne sur ces restrictions.
Oktay Saral, conseiller du président Erdogan, a aussi dénoncé la mesure. En réaction, le parti du président Ilham Aliev a accusé les critiques turques d'"ingérence" et Bakou a déclaré "persona non grata" 31 citoyens turcs pour des critiques publiées sur les réseaux sociaux.
M. Erdogan a limogé Oktay Saral, mais Ilham Aliev a boudé le sommet des dirigeants turciques à Ankara, le 30 octobre, et envoyé à sa place son ministre des Affaires étrangères.
"Pas le petit frère"
Outre cette divergence concernant les rapports entre la religion et l'État, des analystes soulignent que la querelle entre Bakou et Ankara illustre d'autres divergences.
Elkhan Shahinoglu, directeur du centre de recherche Atlas, basé à Bakou, affirme à l'AFP que ces tensions viennent du fait que "Bakou ne se considère pas comme le petit frère dans cette alliance et insiste sur des relations entre partenaires égaux".
"Les tensions couvent depuis longtemps au sujet de plusieurs questions, notamment la souveraineté de l'Azerbaïdjan, l'influence d'Ankara à Bakou, des politiques divergentes envers Israël et le rapprochement de la Turquie avec l'Arménie", a énuméré sur X Gönül Tol, une analyste à l’Institut du Moyen-Orient de Washington.
L'Azerbaïdjan a noué des liens solides avec Israël, qui lui a notamment fourni des armes lors de sa guerre en 2020 contre l'Arménie et les séparatistes.
Ces liens irritent Ankara, qui est devenu de plus en plus hostile à l'égard d'Israël du fait de la guerre à Gaza.
La Turquie cherche également à normaliser ses relations avec l'Arménie, avec laquelle Bakou entretient toujours des relations tendues.
Malgré les frictions, les deux pays restent étroitement liés par des relations militaires et énergétiques. La Turquie sert de route de transit essentielle pour les exportations de pétrole et de gaz azerbaïdjanais vers les marchés occidentaux.
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