Onlyfans, MYM taxés de proxénétisme : chez des créatrices de contenus pornos, la peur de "travailler dans la rue"

| AFP | 144 | Aucun vote sur cette news
Pour des créatrices de contenus pornographiques, l'article adopté à l'Assemblée nationale pourrait produire l'effet inverse de celui recherché
Pour des créatrices de contenus pornographiques, l'article adopté à l'Assemblée nationale pourrait produire l'effet inverse de celui recherché ( Loic VENANCE / AFP/Archives )

"Avec ce texte, on risque de se retrouver à travailler dans la rue, parce qu'on n'aura pas le choix" : pour Carmina, utilisatrice de plateformes de création de contenus sexuels, l'article adopté mardi à l'Assemblée nationale pourrait produire l'effet inverse de celui recherché.

La mesure, inscrite dans la proposition de loi "intégrale" contre les violences sexuelles et sexistes, vise à faire entrer dans le champ du proxénétisme les actes sexuels rémunérés réalisés à distance et à sanctionner l'achat de tels actes.

Le texte, examiné depuis lundi par une commission spéciale, doit arriver dans l'hémicycle début octobre. Cet article fera l'objet d'un débat avant d'être soumis à un nouveau vote.

Dans le viseur : les plateformes comme OnlyFans ou Mym, qui permettent à des créateurs de vendre à leurs abonnés des contenus, notamment sexuels, qui ont largement contribué à leurs succès.

Pour Zoé Faucher, 27 ans, qui utilise Mym depuis quatre ans et en tire entre 500 et 1.000 euros par mois, cette mesure repose sur "une grosse confusion (...) entre proxénétisme, pornographie, prostitution des mineurs et traite des êtres humains".

"Ça va nous faire forcer à aller vers des plateformes beaucoup moins réglementées, beaucoup moins suivies et beaucoup moins protectrices de nos droits", redoute cette membre du Collectif d'action des télétravailleurs du sexe.

Stigmatisation

Pour s'inscrire sur MYM, elle a dû fournir "une carte d'identité, un RIB" et sur Onlyfans un numéro d'identification fiscale.

"Des protections qui n'ont pas lieu ailleurs", explique-t-elle, mentionnant les plateformes de "caming", qui permettent de regarder des personnes se produisant en direct devant une webcam et au fonctionnement "beaucoup plus opaque", dit-elle.

Carmina, qui produit et réalise également des courts-métrages pornographiques, dit avoir déjà vu ses revenus diminuer depuis l'instauration en 2024 de la vérification d'âge pour mieux protéger les mineurs, passant selon elle d'environ 1.500 euros mensuels à "largement" moins de 1.000 euros.

Un nouveau cadre législatif la contraindrait, argue-t-elle, à changer de vie, une perspective qu'elle redoute.

"On ne peut pas se reconvertir parce que les gens ne veulent pas de nous", assure la quarantenaire. "Moi-même, qui ai la chance d'avoir un bagage éducatif, je ne vois pas comment je vais pouvoir arriver dans une société et leur expliquer que pendant 12 ans, en fait, j'ai fait du porno".

Zoé Faucher raconte avoir dû quitter son emploi de serveuse cet été après qu'une personne "a trouvé mes plateformes et a montré toutes mes photos à tous ceux avec qui je travaille".

Proxénètes en col blanc

Face à ces inquiétudes, les défenseurs du texte considèrent au contraire que ces plateformes peuvent constituer un point d'entrée vers l'exploitation sexuelle.

Dans leur viseur notamment, les "OnlyFans managers", des agents qui ne dépendent pas de la plateforme mais qui proposent de gérer les comptes de créatrices et qui sont accusés de proxénétisme numérique, notamment en les poussant à produire des contenus toujours plus explicites et en captant une grosse partie de leurs revenus.

Le débat ravive un clivage ancien, déjà au cœur des discussions sur la loi de 2016 : d'un côté, ceux qui voient dans la prostitution et ces plateformes une forme structurelle de violence et d'exploitation ; de l'autre, les défenseurs des droits des travailleurs du sexe, qui réclament un cadre protecteur pour exercer leur activité.

"La question de l'exploitation sexuelle n'est pas une question individuelle. Elle se pose de manière collective", affirme l'avocate Lorraine Questiaux, engagée aux côtés du Mouvement du Nid, qui défend une approche abolitionniste.

"Il n'y a techniquement aucun moyen de protéger les femmes les plus vulnérables et la seule mesure adéquate, c'est l'interdiction", juge-t-elle, estimant "strictement impossible" de cibler les contenus problématiques, sauf à "mettre un policier derrière chaque compte".

Pour Me Questiaux, en ciblant MYM et Onlyfans, la loi vient s'attaquer "aux proxénètes en col blanc, c'est-à-dire aux méga structures capitalistes ultralibérales, qui organisent et génèrent de l'argent sur l'exploitation des plus précaires".

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
SUR LE MÊME SUJET
Publié le 23/09/2026

L'ancien producteur de Hollywood Harvey Weinstein devant un tribunal de New York, le 23 septembre 2026 ( Barry Williams / POOL/AFP )Catalyseur du mouvement #MeToo, l'ex-producteur vedette de…

Publié le 22/09/2026

Les plateformes Onlyfans ou Mym dans le viseur dds députés pour étendre le proxénétisme aux actes de prostitution en ligne ( Loic VENANCE / AFP/Archives )Les députés ont adopté mardi en…

Publié le 22/09/2026

La députée socialiste Céline Thiébault-Martinez à Paris le 8 juillet 2024 ( Bertrand GUAY / AFP/Archives )Comment juger les violences sexuelles ? Au premier jour de l'examen en commission de…

Publié le 21/09/2026

Quelque 1,5 million d'enfants sont victimes de violences sexuelles en ligne chaque année au Pakistan ( Manan VATSYAYANA / AFP/Archives )Pour Zara Shah, tout a commencé lors d'une partie de jeu…

Publié le 18/09/2026

Stéphane Plaza arrive au palais de justice de Paris le 18 février 2025 ( ALAIN JOCARD / AFP/Archives )L'agent immobilier Stéphane Plaza a été condamné vendredi en appel à 18 mois…

À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 23/09/2026

Tensions sur l'énergie, envolée des taux obligataires et retour de la prudence ! Avec un pétrole Brent qui frôle à nouveau les 102 $ et des taux à 10 ans en nette hausse, la pression…

Publié le 23/09/2026

La Bourse de Paris a poursuivi son embellie de la veille alors que selon des informations de presse, l'Iran serait prêt à rouvrir le stratégique détroit d'Ormuz si les Etats-Unis prennent des…

Publié le 23/09/2026

Votre rendez-vous quotidien avec les petites et moyennes capitalisations ! Chaque jour, retrouvez l'analyse d'Eric Lewin sur les valeurs Small & Mid Caps du moment qui font l'actualité.

Publié le 23/09/2026

(Zonebourse.com) - Synergie a réalisé un chiffre d'affaires de 1,71 milliard d'euros au premier semestre 2026, en hausse de 8% sur un an et de 2,3% à devises et périmètre constants, soutenu…

Publié le 23/09/2026

(Zonebourse.com) - Le chiffre d'affaires d'Arverne s'est établi à 7,4 millions d'euros au 1er semestre 2026, en recul de 19,6% sur un an. Cette évolution s'explique principalement par l'achèvement…