Les syndicats et l'extrême droite, entre opposition frontale et refus de se prononcer

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Un rassemblement d'organisations syndicales organisé par la CGT contre les mesures les visant, annoncées par Christophe Barthes, maire RN de Carcassonne, à la Bourse du Travail de Carcassonne, le 13 mai 2026
Un rassemblement d'organisations syndicales organisé par la CGT contre les mesures les visant, annoncées par Christophe Barthes, maire RN de Carcassonne, à la Bourse du Travail de Carcassonne, le 13 mai 2026 ( Ed JONES / AFP/Archives )

A un an de la présidentielle, la CFDT et la CGT se dressent en barrage contre l'extrême droite, quand d'autres veulent séparer strictement syndicalisme et politique, évitant ainsi de heurter certains de leurs adhérents.

Il est "minuit moins une" avant l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir, alerte sans cesse Sophie Binet face à l'essor du vote RN. Pour la secrétaire générale de la CGT, y être syndiqué et afficher des convictions d'extrême droite, "c'est incompatible".

"Nous ne dialoguons pas avec eux." La position est aussi nette pour Marylise Léon, numéro un de la CFDT.

Des positions prises malgré le risque de perte d'adhérents, sur fond d'érosion du taux de syndicalisation (10,3% en 2019 selon le ministère du Travail).

Le premier syndicat français entraîne ses militants à répondre à l'extrême droite, comme lors d'ateliers organisés à Paris en mai par sa branche protection sociale.

"On est dans la lutte pour éveiller les consciences et dire: attention, ces partis-là sont très dangereux et néfastes pour nous", explique Mohamed Djerdoubi, du Syndicat Francilien des Agents de la Sécurité Sociale (SFASS).

Aux élections, la CFDT scrute l'éventuelle présence d'adhérents sur les listes d'extrême droite. En Isère, une candidate d'une liste RN aux municipales est convoquée en vue d'une éventuelle exclusion.

A la CGT, deux syndiqués dans le Grand Est ont quitté d'eux-mêmes le syndicat qui envisageait leur exclusion pour des positions favorables au RN et à Florian Philippot.

La commission de lutte contre les idées d'extrême droite a recensé environ dix exclusions en 2025.

"Pas plus lui qu'un autre"

Pour d'autres syndicats, "aller sur le terrain politique, historiquement, est plus complexe", explique le sociologue Rémy Ponge.

"Je ne crois pas qu'on fasse de développement syndical utile à l'ensemble de la société en se basant sur un principe d'exclusion", estime François Hommeril. Le président sortant de la CFE-CGC a néanmoins critiqué la présence de personnalités d'extrême droite à une manifestation en janvier du syndicat policier Alliance, composante du syndicat des cadres.

Le numéro un de la CFTC Cyril Chabanier, à Paris le 17 janvier 2025
Le numéro un de la CFTC Cyril Chabanier, à Paris le 17 janvier 2025 ( Bertrand GUAY / AFP )

Le numéro un de la CFTC Cyril Chabanier assume s'être entretenu avec le député RN Thomas Ménagé sur les retraites, expliquant "répond(re) aux sollicitations des groupes à l'Assemblée nationale (...) sur une loi à voter", tout en soulignant que son syndicat est "très attaché à être apolitique".

Un apolitisme aussi mis en avant par Florian Bigotte, représentant syndical FO de Stellantis Valenciennes (Nord), qui a rencontré en avril le député RN Sébastien Chenu, mais "pas plus lui qu'un autre".

"A FO, on ne fait pas de politique (…) mon boulot c'est d'alerter les politiques", considère-t-il.

Au récent congrès de la troisième centrale syndicale, plusieurs délégués FO ont critiqué la présence du secrétaire général sur des plateaux télévisés ou des piquets de grève à côté de représentants du RN.

"Fallait-il abandonner les salariés et refuser d'être présent ?", a rétorqué Frédéric Souillot.

Le vote extrême droite au premier tour des élections municipales était, parmi les sympathisants des syndicats, plus important chez ceux de Force Ouvrière, à 15%, en nette hausse depuis 2020, affirme un sondage Toluna Harris Interactive pour Lamy Liaisons.

"Frein"

Comme dans la population en général et face à une "dégradation des conditions de travail", "il y a une progression du vote RN, même dans les rangs syndicaux, c'est une réalité", analyse Rémy Ponge.

La dirigeante de la CGT, Sophie Binet (g), et son homologue à la CFDT, Marylise Léon, le 22 novembre 2025 à Paris
La dirigeante de la CGT, Sophie Binet (g), et son homologue à la CFDT, Marylise Léon, le 22 novembre 2025 à Paris ( Bertrand GUAY / AFP )

"Mais il y a aussi une autre réalité: c'est que l'appartenance syndicale joue encore un rôle de barrage, de frein", insiste-t-il.

Un barrage que le RN ambitionne de faire sauter.

Avec Sophie Binet et Marylise Léon, "c'est déjà mort, donc à quoi bon mener un combat perdu d'avance ? En fait, on s'en fout, si on gagne, ils seront bien obligés de venir nous voir. En attendant, on parle à la base", décrypte un député RN chargé des questions sociales.

Il met en garde son propre camp après des actions contestées de maires RN à Liévin et Carcassonne à l'encontre des syndicats: "Il ne faut pas qu'on donne l'impression que la liberté syndicale serait menacée si on arrivait au pouvoir".

Ancien syndicaliste FO sur le site ArcelorMittal de Florange avant de s'engager en 2023 au RN, le député de Meurthe-et-Moselle Frédéric Weber estime que, "quand les gens adhèrent à un syndicat, ce n'est pas pour qu'on leur dise pour qui ils doivent voter".

Il affirme avoir "beaucoup d'amis syndicalistes en désaccord" avec les positions politiques de leur syndicat. "Ils ne disent rien mais quand ils sont dans l'isoloir, ils mettent RN dans l'urne."

bj-maj-boc-gbh/rap/frd/

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