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"L'argent public c'est sacré": 18 mois ferme requis contre Balkany pour détournement de fonds publics

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L'ancien maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, au tribunal de Nanterre, le 7 avril 2026 dans les Hauts-de-Seine
L'ancien maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, au tribunal de Nanterre, le 7 avril 2026 dans les Hauts-de-Seine ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

Une peine de trois ans d'emprisonnement, dont 18 mois avec sursis probatoire, a été requise mercredi contre l'ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, jugé à Nanterre pour détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts.

La procureure a également réclamé une amende de 350.000 euros, 10 ans d'inéligibilité, l'interdiction d'exercer dans la fonction publique pendant cinq ans et l'affichage de la décision pendant un mois.

Fustigeant une "atteinte à la société et à l'Etat", la magistrate a toutefois précisé avoir pris en considération "l'âge et la santé" du prévenu, aujourd'hui âgé de 77 ans.

Au centre de ce procès figuraient les liens unissant l'ancien baron francilien et Renaud Guillot-Corail, son ex-directeur du développement économique, décédé en 2020.

La justice lui reprochait d'avoir utilisé une association subventionnée par la ville, le Codeeil, pour assurer un complément de revenus à ce collaborateur après son départ à la retraite en 2012.

"Un règne, une omerta"

L'accusation a méthodiquement démonté le fonctionnement de cette "association transparente", conçue selon elle pour s'affranchir des règles de la fonction publique. L'édile, qui avait régné "sans partage" sur sa commune pendant plus de 30 ans, avait usé de son "autorité naturelle" pour imposer "un règne, une omerta" et un fonctionnement "clanique", a souligné la magistrate.

Ce montage avait permis à Renaud Guillot-Corail de cumuler sa retraite avec un salaire net dépassant "11.000 euros par mois". Il louait aussi une "maison de ville de 140 mètres carrés à Levallois" pour un loyer "minime" de "1.400 euros".

Financée par 855.000 euros de subventions municipales, l'association avait pris en charge de luxueux voyages en première classe vers Miami, Pointe-à-Pitre ou Saint-Domingue.

Dénonçant une structure qui "ose tout avec l'argent des Levalloisiens", la représentante du ministère public, Nathalie Foy, a lancé: "On a bien vécu aux frais du contribuable".

Patrick Balkany à Nanterre, le 7 avril 2026
Patrick Balkany à Nanterre, le 7 avril 2026 ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

Elle s'est attardée sur des vols vers "Cuba, pour les amateurs de havane". "Cuba la communiste, ce n'est pas le lieu de développement économique idéal pour Levallois", a-t-elle ironisé.

L'accusation n'avait trouvé aucune "production intellectuelle" du bénéficiaire.

"L'argent public c'est sacré", a souligné la procureure, précisant que les associations d'aide sociale ne reçoivent que "300 euros pour les femmes, 1.000 pour les Restos du cœur".

L'actuelle maire, Agnès Pottier-Dumas, ancienne directrice de cabinet du prévenu, a également constitué la commune partie civile.

"Mauvais procès"

Patrick Balkany, à gauche, accompagné à sa droite de son avocat Robin Binsard, au tribunal de Nanterre le 7 avril 2026, dans les Hauts-de-Seine
Patrick Balkany, à gauche, accompagné à sa droite de son avocat Robin Binsard, au tribunal de Nanterre le 7 avril 2026, dans les Hauts-de-Seine ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP )

Les débats ont été marqués par de vives tensions. Dénonçant "un mélange des genres", la présidente du tribunal, Nathalie Ballerini, avait fermement interrogé Patrick Balkany sur les nombreux messages attestant de leur "grande amitié".

Fustigeant un "mauvais procès", l'ancien élu avait menacé de s'asseoir et de ne plus répondre. "Vous ne me parlez pas comme à votre secrétaire", l'a alors sèchement recadré la magistrate.

"Vous avez bien fait de ne pas faire de la politique madame la présidente, vos questions dépassent les bornes", a explosé en retour Patrick Balkany.

"Je ne relève pas l'outrage M. Balkany", a répondu la juge, l'invitant à s'exprimer "avec un autre ton, plus calme".

"Je risque la crise cardiaque, justement parlons calmement", avait fini par céder l'ex-élu.

Il a alors raconté le traumatisme de ses précédentes incarcérations, disant avoir été traité "comme un terroriste", frôlant la mort: "Si vous étiez resté 24H00 de plus vous seriez sorti dans le sac noir", lui aurait confié un chirurgien à l'hôpital Beaujon.

Plaidant la relaxe, son avocat Robin Binsard a rejeté toute "présomption de culpabilité" et fustigé la "sévérité" des réquisitions.

Demandant à la cour de ne pas juger "le baron des Hauts-de-Seine, juste l'homme", il a martelé qu'"il n'existe aucune certitude dans ce dossier".

Invité à conclure, Patrick Balkany s'est dit "très serein". "La justice, elle se trompe parfois, j'espère qu'elle reconnaîtra cette fois ma bonne foi", a-t-il déclaré.

La décision a été mise en délibéré au 28 mai.

Le procès doit reprendre jeudi matin pour l'examen d'une seconde affaire, portant sur l'utilisation illégale de policiers comme chauffeurs privés.

Le prévenu a refusé de siéger mercredi après-midi pour aborder ce volet, affirmant avoir achevé l'audience de la veille avec "22 de tension".

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