Au procès libyen en appel, le cri de rage final de Sarkozy

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L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy à son arrivée au tribunal à Paris le 27 mai 2026
L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy à son arrivée au tribunal à Paris le 27 mai 2026 ( SIMON WOHLFAHRT / AFP )

La voix tremble sous l'émotion et la colère: Nicolas Sarkozy a refermé mercredi sur un cri de rage le procès libyen en appel, assurant n'avoir "pas trahi la confiance des Français" et appelant la justice à l'innocenter au terme de ce "chemin de croix".

Avant de mettre la décision en délibéré au 30 novembre, le président de la cour Olivier Géron invite l'ancien chef de l'État une ultime fois à la barre, pour clore le procès en appel du financement présumé de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007 par des fonds occultes versés par la Libye de Mouammar Kadhafi.

Très en retenue durant les deux mois et demi d'audience, l'ancien avocat, ex-champion de la droite, qui a écouté ses quatre conseils se relayer pour demander sa relaxe, libère sa colère jusqu'alors contenue. Au fil des mots, la voix se fait dure, le visage courroucé.

"Cette affaire de prétendu financement libyen de ma campagne a commencé dans le mensonge et dans le complot. Elle doit finir dans la vérité et dans la transparence", commence Nicolas Sarkozy, 71 ans.

Le désignant comme l'"instigateur" d'un pacte corruptif, le parquet général a réclamé sept ans d'emprisonnement contre lui pour association de malfaiteurs, corruption et financement illégal de sa campagne avec de l'argent public libyen détourné.

"Ce n'est pas un procès historique, pas un roman, c'est ma vie", réplique Nicolas Sarkozy. "Je demande à être jugé pour ce que j'ai fait, non pour ce que je suis".

Condamné en première instance en septembre 2025 à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs, il a passé vingt jours à la prison parisienne de la Santé, devenant le premier ex-chef de l'Etat incarcéré de l'histoire de la République.

Cette détention l'a marqué: la décision du 30 novembre, il va l'"attendre, (...) pas comme un ancien président de la République mais comme un homme qui va se demander tous les jours en se réveillant, tous les soirs en se couchant: est-ce que je vais y retourner ?", confie-t-il aux trois magistrats qui tiennent sa liberté et sa postérité politique entre leurs mains.

"Par pitié, pas ça"

Lui qui n'avait pas accordé un regard aux avocats généraux durant les trois jours de réquisitoire pivote vers eux, les fixe du regard.

Semblant parfois au bord des larmes, il se dit "blessé" que l'accusation ait suggéré que son élection de 2007 avait été "biaisée" ou le décrive comme "un président sous influence étrangère". "Pas ça, par pitié, pas ça", se récrie-t-il.

Puis Nicolas Sarkozy se tourne à nouveau vers la cour: "je tiens à mon pays et je ne peux pas croire que dans la France de 2026, un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu'il n'a pas commis et contre lequel après 14 ans d'enquête, il n'y a aucune preuve".

Durant tout ce procès, "je ne suis pas venu ici comme au bureau, je suis venu ici comme on va à un chemin de croix. J'ai essayé d'être digne et d'être vrai", conclut-il.

Avant que le rideau ne tombe sur l'audience, son quatuor d'avocats s'est employé à brocarder un dossier judiciaire qui serait un "roman grotesque", une "construction creuse et artificielle", de "folles accusations".

Nicolas Sarkozy n'aurait, selon Me Christophe Ingrain, pas été informé des rencontres de ses proches, Brice Hortefeux et Claude Guéant, fin 2005, avec le N.2 du régime libyen Abdallah Senoussi, conciliabules occultes où le pacte aurait été noué selon l'accusation: de l'argent en échange de diverses contreparties, notamment un examen de la situation pénale de ce dignitaire, condamné à la perpétuité en France pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA en 1989 (170 morts).

"Avez-vous compris quand le prétendu pacte corruptif a été scellé ? Pas moi", lance Me Ingrain.

Et puis quel aurait été son mobile, demande son confrère, Me Sébastien Schapira, qui plaide le "bon sens": il insiste sur l'"invraisemblance" du récit d'un homme "aux portes de l'Elysée", qui irait "se mettre dans un pacte faustien" avec "un fou furieux", Mouammar Kadhafi, que tout le monde savait ingérable.

Pour Me Ingrain, "on ne condamne pas sur une hypothèse". Or le dossier ne serait selon lui que cela: un "échafaudage d'hypothèses". "Le doute abyssal qui traverse ce dossier depuis le premier jour doit aboutir à rendre à Nicolas Sarkozy son honneur", conclut Sébastien Schapira.

Une condamnation qui sanctionnerait le 30 novembre un pacte de corruption avec une puissance étrangère, qui plus est une dictature criminelle, laisserait un stigmate plus profond que celles, définitives, dans les affaires dites des écoutes et Bygmalion.

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