Marchés : les Etats dans l'étau de la hausse des taux
L'envolée des taux d'intérêt et la hausse du "loyer de l'argent" par les banques centrales face à l'inflation pèsent sur les gouvernements, des Etats-Unis à la France, en passant par le Japon et le Royaume Uni.
Vendredi, l'écart des taux d'emprunt à dix ans entre l'Allemagne (3,52%) et la France (4,56%) a franchi le seuil psychologique d'un point de pourcentage (ou 100 points de base), une première depuis 2012 et la crise des dettes souveraines.
La poussée des taux tricolores (12 points de base en une journée) traduit la défiance des marchés envers la France, sa dette (117,5% du PIB) et son projet de budget 2027 élaboré dans un climat pré-électoral propice aux surenchères, de l'avis des analystes.
"Ce +spread+ (écart) fait écho aux déclarations de Sébastien Lecornu qui indique qu'il va falloir faire un effort supplémentaire", d'après Mabrouk Chetouane, responsable de la stratégie de marchés au sein de Natixis.
Le Premier ministre a promis d'inclure 54 milliards d'euros d'économie dans le budget 2027.
"La configuration politique n'est pas favorable aux réformes. Les gouvernements peuvent tomber, Sébastien Lecornu est très prudent et marche sur des œufs", note cependant Vincent Juvyns, analyste pour ING.
- "Phénomène mondial"-
"Ce que nous observons est un phénomène mondial", a déclaré à la presse Valdis Dombrovskis, le commissaire européen aux Affaires économiques, à l'issue d'une réunion à Dublin des ministres des Finances de la zone euro.
"Nous ne voyons aucune fragmentation au sein de la zone euro", a assuré le président de l'Eurogroupe, le ministre grec Kyriakos Pierrakakis, au sujet du "spread" franco-allemand.
Aux Etats-Unis, le rendement des bons du Trésor à dix ans avait dépassé en début de semaine les 5% pour la première fois depuis 2007, conduisant la Réserve fédérale à relever ses taux pour la première fois depuis 2023, après la BCE.
Unanime, la Fed a agi contre l'avis de Donald Trump, en grande partie responsable de la situation actuelle, notent les analystes.
"Des droits de douane à la guerre avec l'Iran en passant par le déficit budgétaire de 6%, ce sont les politiques de Trump qui alimentent une bonne partie de la poussée inflationniste", souligne Neil Wilson de Saxo Market.
Tant la Fed que la BCE "ont essayé de calmer les craintes inflationnistes et faire cesser la flambée des taux", estime Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marché chez IG France.
Vendredi, c'est la Banque du Japon qui a aussi relevé son taux directeur de 0,25 point à 1,25%, au plus haut niveau depuis 31 ans.
La décision a été prise à sept voix contre deux, celles des deux gouverneurs nommés par la Première ministre Sanae Takaichi, signe d'une possible tension feutrée avec l'exécutif qui souhaite tempérer la hausse des taux pour ne pas ralentir l'économie, d'après les analystes.
Contrairement aux effets escomptés, le yen a continué de reculer face au dollar, en raison du message frileux du gouverneur de la Banque du Japon Kazuo Udea.
Kazuo "Ueda a semé la confusion : il a déclaré que le Japon entrait dans une nouvelle phase d'élaboration de la politique monétaire, tout en mettant en garde contre des hausses de taux rapides", résume Kathleen Brooks de XTB.
La décision du Japon a été prise sous la pression préalable du secrétaire d'Etat américain au Trésor Scott Bessent, qui souhaite un raffermissement du yen par rapport au dollar.
En effet, le Japon est le premier détenteur de titres de dette américaine et Washington redoute que le Japon ne vende des bons du Trésor pour soutenir sa monnaie, ce qui ferait encore augmenter le coût des emprunts aux Etats-Unis.
A Londres, la Banque d'Angleterre a laissé jeudi ses taux inchangés, après des mois de pression du marché obligataire sur le Premier ministre travailliste Andy Burnham.
En mai-juin, les taux d'emprunt s'étaient envolés, mettant en garde le "Roi du Nord" contre une politique keynésienne de hausse des dépenses publiques et d'impôts, avant même sa prise de fonction.
Depuis, "il a déclaré que le budget du 28 octobre serait difficile, mais que les décisions budgétaires seraient prudentes dans la manière dont il gère l'économie", relève Kathleen Brooks. "On est bien loin de l'époque où il affirmait qu'il ne prêterait pas attention au marché obligataire. Cette déclaration suggère que c'est la première chose qu'il regarde en prenant son thé et ses toasts le matin".
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