Thélyson Orélien a utilisé l'IA, selon son éditeur canadien
L'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien a utilisé l'intelligence artificielle pour écrire son roman "C'était ça ou mourir" contrairement à ce qu'il affirmait, a dit mercredi son éditeur canadien qui a mis fin à leur collaboration.
Déclenchée par les accusations fin septembre du compte X "Balance ton Claude", cette affaire a provoqué une onde de choc dans le monde de l'édition, ouvrant un débat sur la place de l'IA dans la création.
"De nouveaux éléments, confirmés au cours des derniers jours, indiquent que l'intelligence artificielle a été utilisée dans le processus d'écriture de +C'était ça ou mourir+, alors que l'auteur nous avait assuré, à plusieurs reprises, ne jamais y avoir eu recours pour la création de son roman", ont indiqué dans un communiqué Les Éditions du Boréal.
"Le livre a été écrit par moi", a réagi l'auteur auprès du quotidien français Libération, en reconnaissant l'utilisation de l'IA "dans le processus de création" pour des "recherches historiques". "J'avais tout expliqué à des proches mais présentement je ne pense pas que ma parole vaille quelque chose", a-t-il ajouté.
"Ce que je suis en train de vivre, c’est énorme, ça a dépassé le cadre littéraire, ça va trop loin", a encore déclaré l'auteur.
L'annonce est survenue alors que l'éditeur avait annoncé il y a une semaine soutenir Thélyson Orélien, en affirmant ne disposer d'aucun élément permettant d'établir avec certitude un recours à l'IA après avoir constitué avec l'auteur "un dossier documentant son processus de création".
Balises IA dans les métadonnées
Face aux doutes et alors que Thélyson Orélien lui avait "annoncé qu'il ne fournirait aucun autre élément", l'éditeur indique avoir "commandé une analyse externe approfondie" sur "l'ensemble des versions de travail du roman".
"Les résultats obtenus cette semaine ont révélé des traces de balises d'IA dans les métadonnées de certains documents", poursuit-il.
"Nous ignorons toujours dans quelle mesure l'IA a été utilisée dans la création de +C'était ça ou mourir+, et sans doute n'aurons-nous jamais de réponse définitive" mais "pour nous, la question fondamentale est celle de la confiance entre auteurs et éditeurs", a encore dit la maison d'édition qui a décidé de mettre fin à sa collaboration avec l'écrivain.
Elle ne réimprimera pas le roman et ne publiera pas d'autres livres de l'auteur alors qu'un autre manuscrit de Thélyson Orélien était en sa possession.
Sorti de son silence la semaine dernière, l'écrivain de 38 ans avait affirmé, dans un texte transmis à l'AFP, qu'aucune phrase de son roman n'avait été créée par des outils d'intelligence artificielle.
"C'est une calomnie et une hérésie. J’ai eu recours çà et là à des outils pour des recherches, s'agissant notamment des idiomes étrangers. Mais aucune phrase de ce livre n'a été créée par une machine", avait-il assuré. "Ce roman, je l'ai écrit moi-même. Il vient de mes blessures et de celles des autres migrants. Cette blessure de l'exil dont on ne guérit pas", avait-il ajouté.
Reconnaissance de "plagiats"
Face à la montée des soupçons d'utilisation non déclarée de l'intelligence artificielle dans la littérature, les initiatives visant à certifier les livres comme étant écrits par des humains gagnent du terrain. Plusieurs d'entre elles ont été présentées ce mois-ci à la plus grande foire du livre au monde, à Francfort.
"C'était ça ou mourir" a été écarté fin septembre de la sélection du prix Goncourt. Pour justifier sa décision, l'Académie Goncourt avait mis en avant les "plagiats", que Thélyson Orélien a depuis reconnus, ainsi que "le résultat convergent de plusieurs analyses de chercheurs et journalistes dignes de foi".
Ces analyses ont mis "en évidence le fait que +C'était ça ou mourir+ est selon toute vraisemblance très largement le produit d'une intelligence artificielle", avait-elle indiqué.
Le prix Renaudot a en revanche conservé le roman de Thélyson Orélien, un des best-sellers de la rentrée dont les ventes ont continué à progresser malgré la polémique, parmi les neuf romans de sa deuxième sélection annoncée le 7 octobre.
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