La désinformation par l'IA prolifère à l'approche des élections américaines

| AFP | 102 | Aucun vote sur cette news
Des militants durant un discours de Ken Paxton à Dallas, au Texas le 9  septembre 2026
Des militants durant un discours de Ken Paxton à Dallas, au Texas le 9 septembre 2026 ( Kent NISHIMURA / AFP/Archives )

Un clip de campagne montre un candidat au Sénat américain parlant de Dieu et de genre tout en gribouillant une Bible au crayon de couleur. Sauf qu'il n’a jamais tourné cette vidéo, générée par intelligence artificielle pour le compte d'un rival.

A l’approche des élections de mi-mandat début novembre, les images créées par IA et plaçant des responsables politiques dans des situations fictives se multiplient aux Etats-Unis.

Candidat républicain à un siège de sénateur du Texas, Ken Paxton a posté récemment sur X un clip faisant dire à son adversaire démocrate James Talarico: "Vous savez, je me suis toujours vu comme un chrétien qui déteste le christianisme".

La vidéo, très réaliste, montre ce dernier écrivant "Que l'on compte six genres" avec des crayons multicolores dans une Bible.

En incrustation, un texte affirme que "James Talarico n'est pas fait pour le Texas", "pas fait pour l'Amérique"... et un QR code invite à faire des dons à la campagne de Ken Paxton.

James Talarico a dénoncé le clip et s'est dit favorable à l'interdiction des "deepfakes" dans la communication politique.

"Ces hypertrucages générés par IA n'apportent rien à notre débat citoyen. Ils ne contribuent en rien à éclairer le choix qui se présente aux électeurs", a-t-il déclaré à la chaîne NBC.

C'est la deuxième fois en quelques semaines que le jeune candidat démocrate texan se trouve la cible d'un tel clip.

Auparavant, une organisation conservatrice proche du président Donald Trump avait diffusé une autre vidéo truquée par IA qui montrait James Talarico vêtu d'un corsage et d'une jupe et parodiant le personnage de Julie Andrews dans le classique hollywoodien "La Mélodie du bonheur".

Perte de confiance

La prolifération des clips de campagne générés par IA dans toutes les élections, locales ou nationales, intervient dans un contexte de perte progressive de confiance envers l'intelligence artificielle.

Photo montrant le logo d'une application utilisant l'intelligence artificielle sur l'écran d'un smartphone et les lettres AI sur l'écran d'un ordinateur portable à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne le 26 février 2024
Photo montrant le logo d'une application utilisant l'intelligence artificielle sur l'écran d'un smartphone et les lettres AI sur l'écran d'un ordinateur portable à Francfort-sur-le-Main, en Allemagne le 26 février 2024 ( Kirill KUDRYAVTSEV / AFP/Archives )

"Le problème n’est peut-être pas que les gens croient ces publicités, mais que ces publicités et, plus généralement, tout le contenu bâclé produit par IA risquent de les amener à douter de tout", déclare à l’AFP Sarah Kreps, directrice du Tech Policy Institute à l’université Cornell (nord-est).

"Les gens pourraient en venir à rejeter des contenus authentiques en les considérant comme un hypertrucage de plus, ce qui mine la confiance et pousse les électeurs à se détourner", ajoute-t-elle.

Le Wesleyan Media Project, qui recense les dépenses de campagne, a identifié 164 clips "générés ou améliorés à l'aide de l'IA" dans tout le pays depuis le début de l'année.

Ce groupe d'universitaires indépendant évalue à un peu moins de 80 millions de dollars (70,1 millions d'euros) le coût de ces publicités politiques financées aussi bien par les républicains que par les démocrates et diffusées massivement à la télévision et sur les réseaux sociaux.

Mais il estime son décompte inférieur à la réalité car il est difficile de savoir avec certitude si des outils d’IA ont été utilisés dans certains messages.

"Savoir que la technologie est devenue suffisamment performante pour tromper le téléspectateur moyen, ajouté au fait qu’elle est utilisée pour la communication électorale, suffit à saper la confiance des électeurs", regrette auprès de l’AFP Ilana Beller, de l’ONG Public Citizen.

Des outils d'IA bon marché et largement accessibles permettent de réduire les coûts de production souvent exorbitants.

"Il n'y a plus besoin de payer une équipe de tournage ou d’engager des acteurs pour créer un contenu de qualité en peu de temps", explique Isabel Linzer, du Center for Democracy & Technology, une autre organisation non partisane.

"Plus besoin non plus de monteurs spécialisés dans les effets spéciaux, ces outils ouvrent la voie à la créativité", ajoute-t-elle, estimant que les publicités satiriques ou humoristiques générées par IA servent de "caricature politique moderne".

"Une question pertinente est de savoir si l’utilisation de l’IA dans les publicités politiques n’est pas un coup de communication destiné à faire monter un candidat en générant une importante couverture médiatique gratuite", interroge Mme Linzer.

Pour Scott Babwah Brennen, directeur du Center on Technology Policy à l'université de New York, les publicités générées par IA peuvent aider les candidats à collecter des fonds ou mobiliser des partisans, mais il existe peu de preuves qu’elles influencent le vote des électeurs.

"Une bonne partie de ces contenus semble effectivement efficace pour attirer l’attention, mais on ignore si cela se traduira par un succès électoral (...) Il est possible que les publicités négatives générées par IA se retournent contre leurs auteurs", estime-t-il.

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
SUR LE MÊME SUJET
Publié le 24/09/2026

Le PDG d'OpenAI, Sam Altman, devant le Conseil de sécurité de l'ONU le 23 septembre 2026 à New York ( ANGELA WEISS / AFP )Un agent autonome du géant américain de l'intelligence artificielle…

Publié le 24/09/2026

Le logo Meta en 2025 en Allemagne ( Kirill KUDRYAVTSEV / AFP/Archives )Le patron du géant des réseaux sociaux Meta, Mark Zuckerberg, a dévoilé mercredi des lunettes connectées sans caméra,…

Publié le 24/09/2026

Le président iranien Massoud Pezeshkian lors de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 23 septembre 2026 ( TIMOTHY A. CLARY / AFP )Dans un discours très…

Publié le 23/09/2026

Marine Tondelier, secrétaire nationale Des Ecologistes et candidate à la présidentielle, arrive à l'Elysée, le 18 septembre 2026 à Paris ( Thomas SAMSON / AFP )Marine Tondelier, première…

Publié le 23/09/2026

Montage de photos d'archives réalisé le 16 septembre 2026 et montrant, de gauche à droite, les candidats à la primaire sociale-démocrate à la présidentielle de 2027 : Olivier Faure, premier…

À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 24/09/2026

Tokyo +1,27%, Shanghai -1,01% et Hong Kong -0,57%

Publié le 24/09/2026

Le CAC40 cash a clôturé la séance en baisse 0,39% à 8 123,41 points dans un volume moyen de 3.082 MD€.

Publié le 24/09/2026

La Bourse de Paris a évolué de manière erratique, les investisseurs doivent composer avec une certaine fébrilité à l'œuvre sur le marché du pétrole (baril de Brent +3,50% à 103 dollars), au…

Publié le 24/09/2026

(Zonebourse.com) - bioMérieux annonce le lancement de Spinchip, une plateforme innovante de biologie délocalisée (Point of Care), avec un premier test pour le dosage hypersensible de la troponine I…

Publié le 24/09/2026

(Zonebourse.com) - Christian Dior, la maison mère de LVMH, fait part d'un projet étudié par le groupe familial Arnault en vue d'une simplification de la structure capitalistique du numéro un…