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A leur procès, Meta et Google accusés d'avoir "fabriqué l'addiction" de jeunes utilisateurs

| AFP | 629 | Aucun vote sur cette news
Phyllis Jones (à gauche), avocate de Meta, arrive au tribunal à Los Angeles, en Californie, le 9 février 2026
Phyllis Jones (à gauche), avocate de Meta, arrive au tribunal à Los Angeles, en Californie, le 9 février 2026 ( Frederic J. Brown / AFP )

Le procès de Meta et Google s'est ouvert lundi devant un tribunal civil de Los Angeles sur une charge de l'avocat de la plaignante, qui leur a reproché d'avoir "fabriqué l'addiction dans des cerveaux d'enfants", devenus accros à leurs plateformes.

Le mécanisme observé sur Instagram (Meta) et YouTube (Google) ne s'est pas produit "par accident mais à dessein", a martelé Mark Lanier dans son propos introductif, "parce que l'addiction est rentable".

L'issue des débats pourrait établir un précédent judiciaire majeur en matière de responsabilité civile des opérateurs de réseaux sociaux, jusqu'ici exemptés.

Des dizaines de dossiers doivent, en effet, suivre dans les mois qui viennent.

Seront notamment appelés à témoigner dans cette petite salle sans fenêtre le PDG de Meta Mark Zuckerberg, le 18 février, et le patron d'Instagram (filiale de Meta) Adam Mosseri dès mercredi.

En l'absence de TikTok et de Snapchat, qui ont préféré transiger pour un montant confidentiel, seuls YouTube, filiale de Google, et Meta, le géant de la tech derrière Instagram, siègent en défense dans ce procès prévu sur plus d'un mois.

Les 12 jurés, approuvés vendredi après plus d'une semaine d'un scrutin méticuleux, doivent trancher la plainte d'une Californienne de 20 ans, Kaley G.M.

Son dossier a été jugé assez représentatif pour constituer une procédure test dont l'issue fixera une référence pour des centaines de plaintes semblables regroupées en Californie.

La jeune femme, utilisatrice de YouTube dès six ans puis détentrice d'un compte Instagram à 11 ans, avant Snapchat et TikTok deux-trois ans plus tard, affirme avoir développé une forte addiction aux réseaux sociaux qui l'a entraînée dans une spirale de dépression, d'anxiété et de troubles de l'image de soi.

L'enfant produit

Dans son propos liminaire, Mark Lanier a produit plusieurs documents internes à Google et Meta à l'appui de sa thèse, celle de l'intentionnalité.

L'un d'entre eux, issu d'une présentation chez Google, mentionne comme objectif affiché "l'addiction des internautes", a souligné l'avocat. "C'est leur doctrine."

Il a également présenté un courriel interne envoyé par Mark Zuckerberg, qui exhortait, selon lui, ses équipes à inverser le désengagement des plus jeunes sur Instagram.

Mark Lanier a rappelé le modèle économique de Meta et Google, très largement basé sur la publicité, dont les tarifs dépendent de la fréquentation, soit le temps passé sur les plateformes.

"Ce qu'ils vendent aux annonceurs, ce n'est pas un produit", a-t-il expliqué, "c'est l'accès à Kaley", qui ne sera présente à l'audience que pour témoigner mais n'assistera pas au reste des débats.

L'avocat de Meta, Paul Schmidt lui a répliqué que la dégradation de l'état psychologique de Kaley était avant tout liée à sa situation familiale.

Encore en bas âge, elle a assisté à une scène de violence conjugale entre son père et sa mère, ce qui lui a valu de consulter un thérapeute dès trois ans, soit avant même son premier contact avec les plateformes.

La jeune fille a ensuite été victime de maltraitance de la part de sa mère, dont elle a écrit qu'elle lui donnait "envie de (se) tuer", a souligné l'avocat.

Paul Schmidt a également fait valoir que Kaley n'avait évoqué les réseaux sociaux que dans 20 de ses 260 séances de thérapie et qu'Instagram ne représentait qu'une infime partie de ses usages.

Lors d'un entretien relevé par l'avocat, elle a même estimé qu'Instagram avait un effet positif sur elle.

Face à des opérateurs protégés par la loi américaine quant aux contenus de leurs plateformes, les plaignants attaquent la conception même des réseaux sociaux, c'est-à-dire l'algorithme et les fonctions de personnalisation encourageant au visionnage compulsif de vidéos.

Les plaignants accusent cette conception d'être négligente et nocive, reprenant une stratégie menée avec succès contre l'industrie du tabac dans les années 1990 et 2000.

Au Nouveau-Mexique, un procès distinct accusant Meta de privilégier le profit à la protection des mineurs contre les prédateurs sexuels doit également débuter cette semaine.

En parallèle du procès de Los Angeles, l'addiction aux réseaux sociaux fait l'objet d'une procédure de masse à l'échelle nationale, en cours d'instruction devant une juge fédérale d'Oakland, près de San Francisco.

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