Tensions avec Varsovie: Zelensky absent d'une conférence clé sur l'Ukraine en Pologne
Le président Volodymyr Zelensky ne participera pas à une conférence sur la reconstruction de l'Ukraine organisée en Pologne, a annoncé Kiev mardi, sur fond de vives tensions avec Varsovie autour de la mémoire de la Deuxième guerre mondiale.
"Je vais diriger la délégation ukrainienne", a déclaré la Première ministre Ioulia Svyrydenko, confirmant de fait que M. Zelensky ne se rendrait pas à cet événement annuel, qui se tient jeudi et vendredi dans la cité portuaire de Gdansk.
La conférence doit rassembler responsables politiques et acteurs économiques - essentiellement européens - pour discuter de la reconstruction après la guerre avec la Russie. Mais elle est éclipsée par des tensions liées au passé.
Le président nationaliste polonais, Karol Nawrocki, qui cohabite avec le gouvernement libéral de Donald Tusk, a annoncé la semaine dernière retirer la plus haute distinction du pays, l'Ordre de l'Aigle blanc, au président ukrainien.
Cette annonce a fait suite à la décision, fin mai, de Volodymyr Zelensky de baptiser une unité militaire du nom de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), une organisation nationaliste fondée en 1942 et tenue en Pologne pour responsable de la mort de plus de 100.000 Polonais.
En Ukraine, où ce mouvement clandestin a opéré jusque dans les années 1950 contre le pouvoir soviétique, mais dont des membres avaient participé à l'Holocauste, il est surtout glorifié pour son combat pour l'indépendance vis‑à‑vis de Moscou, en particulier depuis le début en 2022 de l'invasion russe à grande échelle.
A la suite de la décision de M. Nawrocki, M. Zelensky a renvoyé sa décoration ce week‑end. Il a été suivi par trois anciens présidents ukrainiens — Leonid Koutchma, Viktor Iouchtchenko et Petro Porochenko.
S'exprimant à la télévision, le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Georgiï Tykhy, a déclaré mardi que la décision de M. Zelensky de ne pas venir à Gdansk visait à faire en sorte que la conférence reste "très pragmatique", sans "politisation excessive et scandales".
M. Tykhy a souligné que l'Ukraine et la Pologne étaient "toujours alliées", que les deux pays étaient "en contact constant" via leurs canaux diplomatiques, un "travail serein" étant mené pour résoudre cette crise.
Appel à la "désescalade"
Tout en remerciant le peuple polonais pour le soutien apporté à l'Ukraine, Volodymyr Zelensky a accusé des responsables polonais de chercher à exploiter la crise à des fins électorales, à un an des législatives, et d'alimenter un climat anti-ukrainien.
Varsovie a été l'un des principaux soutiens de Kiev depuis 2022, servant de terre d'accueil pour des centaines de milliers de réfugiés ukrainiens et de plateforme logistique majeure pour l'aide occidentale.
Le pays a néanmoins connu récemment plusieurs incidents anti-ukrainiens et, selon divers sondages, le soutien de l’opinion polonaise à l’Ukraine s’est notablement réduit depuis la grande vague de solidarité ayant suivi le début de l'invasion.
La conférence sur la reconstruction attendue à Gdansk, précédemment organisée à Rome, Berlin et Lugano, est devenue un rendez‑vous international important pour mobiliser les bailleurs de fonds de l'Ukraine.
Le gouvernement polonais présentait son rôle d'hôte comme un succès politique et économique. Il espère positionner ses entreprises pour reconstruire l'Ukraine et ne pas être marginalisé dans des discussions sur le règlement du conflit.
Le Premier ministre pro-européen Donald Tusk, ferme soutien de l'Ukraine et en conflit permanent avec le président Nawrocki, a appelé à la "désescalade", tout en faisant porter la responsabilité originelle des tensions sur Kiev.
"Nous défendons la Pologne"
La mémoire de l'UPA comme mouvement antisoviétique et combattant la domination russe est critiquée à la fois par Varsovie et Moscou, qui considèrent plutôt ces combattants comme des criminels de guerre et des collaborateurs nazis.
Volodymyr Zelensky, lui-même d'origine juive, a affirmé que des soldats ukrainiens lui avaient demandé de donner ce nom à leur unité et qu'il ne dictait jamais à ses militaires ce qu'il "aime ou n'aime pas".
"Nous défendons la Pologne, nous défendons l'Europe en ce moment, pas l'inverse. Nos soldats la défendent, et des Ukrainiens meurent", a plaidé dimanche M. Zelensky.
Vue de Pologne, l'action de l'UPA s'apparente à du nettoyage ethnique destiné à créer un territoire ukrainien homogène, et est considérée comme un génocide.
L'Ukraine reconnaît les massacres dans la région de Volhynie (ouest) mais rejette le terme de génocide, préférant parler d'un conflit tragique dans un contexte de guerre et évoque des milliers d'Ukrainiens tués en même temps par les Polonais.
En 2016, Petro Porochenko, président ukrainien de l'époque, s'était agenouillé à Varsovie devant un monument aux victimes polonaises de ces massacres.
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