Après deux jours d'"enfer", l'espoir d'une stabilisation de l'incendie mortel en Espagne
Végétation calcinée, murs noircis et rues vides : épicentre de l'incendie qui a fait 12 morts depuis jeudi dans le sud de l'Espagne, Bédar avait des allures de ville fantôme samedi, quand sur le terrain les pompiers commençaient à contenir le sinistre.
Le violent incendie qui a ravagé un massif boisé près d'Almeria, en Andalousie, a connu samedi une évolution favorable, après deux jours d'"enfer" vécus par les habitants de cette zone où vivent de nombreux étrangers, notamment britanniques. 1.500 personnes ont dû être évacuées.
"Le feu n'a pas progressé du tout aujourd'hui", s'est réjoui en fin de journée le ministre espagnol de la Présidence (du gouvernement), Félix Bolaños, qui s'est rendu sur place, précisant que 6.600 hectares avaient été ravagés et qu'il y avait de "bonnes chances" de parvenir à stabiliser l'incendie dans les prochaines heures si les conditions restaient favorables.
Des vents plus faibles et un taux d'humidité plus élevé dans l'air ont permis à quelque 500 pompiers, appuyés par 20 avions bombardiers d'eau, d'attaquer directement les flammes pour la première fois, selon les autorités.
Le Premier ministre Pedro Sanchez est attendu lundi sur place.
"Très, très peur"
Dans cette zone autour de Los Gallardos parcourue de nombreux ravins, fossés et maisons dispersées à flanc de coteaux, qui ont favorisé la propagation de l'incendie et rendu difficile la mise à l'abri des riverains, le sinistre a dans un premier temps évolué de manière fulgurante - M. Bolaños, présent sur place samedi, allant jusqu'à évoquer une vitesse de propagation de 100 mètres par minute au début des flammes.
"On a eu très, très peur. On voyait les flammes. Ça a été terrible. Très peur. Et on le sent encore dans notre corps, on le sent encore", a raconté samedi à l'AFP Manoli Ramos, 72 ans, une conseillère municipale de Bédar, le village où ont été retrouvés les corps sans vie.
En étages sur des versants, la localité était encore quasiment vide samedi après-midi, ont constaté des journalistes de l'AFP. Sur le balcon d'une des maisons dont beaucoup arboraient des murs noircis par le feu, un drapeau anglais, peut-être un souvenir du Mondial de football qui se déroule actuellement aux Etats-Unis.
"En 2012, il y avait eu un grand incendie ici au village. Ils avaient évacué à partir de midi ou quelque chose comme ça, jusqu'au lendemain. Le lendemain, ils ont renvoyé tout le monde au village chez soi et ça allait. Mais cette fois-ci, ça a été horrible. Ça a été un enfer", a poursuivi pour l'AFP Manoli Ramos, rencontrée par l'AFP à quelques kilomètres, à Los Gallardos, où elle a été évacuée.
Les 12 personnes mortes, de plusieurs nationalités, retrouvées depuis jeudi par les secours ont été piégées dans leur véhicule ou rattrapées par les flammes en tentant de s'enfuir, selon les autorités, qui ont rappelé plusieurs fois la nécessité de suivre les consignes des services d'urgence.
On compte également huit blessés, dont quatre grièvement.
"Entouré d'une boule de feu"
"J'ai dit à ma femme : +sors vite, tu laisses tout, tu sors vite.+ Et là, le temps de dire ça, j'étais entouré d'une boule de feu. Je n'ai pu que partir en courant. Et là, j'ai perdu le contact avec ma femme", a raconté sur la chaîne TF1 Jérôme Navarro, un Français dont l'épouse a disparu dans l'incendie.
Le couple était en vacances dans la région, en location dans une maison. "Personne n'est venu nous prévenir. On s'est retrouvés coincés, piégés" par le feu, a-t-il accusé.
Le ministère français des Affaires étrangères a annoncé samedi soir qu'une Française figurait "parmi les personnes disparues", précisant que son "identification est en cours par les autorités espagnoles".
"J'étais en train de regarder la télévision, et je me suis demandé ce qu'il se passait. En ouvrant ma porte, j'ai vu un grosse masse noire, je pensais que c'était un nuage", a raconté à l'AFP Austin Crilly, un Britannique de 87 ans évacué de la zone de l'incendie.
"Je me suis dit +mon Dieu, je vais fermer cette porte+ mais, cinq minutes plus tard, bang bang bang, +prenez votre argent, prenez vos papiers, et sortez+. C'était la police et les voisins qui faisaient le tour pour nous dire de partir", se souvient-il.
Depuis vendredi, le bilan humain n'a pas évolué. "La Garde civile a ratissé toutes les zones et nous a informés qu'elle n'avait trouvé aucune personne supplémentaire. Cela ne signifie pas que cela ne puisse pas arriver", a expliqué Antonio Sanz, disant toutefois y voir une nouvelle "encourageante".
Une vingtaine de personnes n'ont toujours pas été localisées mais peuvent avoir été évacuées et n'avoir pas encore pu prévenir leurs proches, ont affirmé les autorités, refusant d'évoquer à proprement parler des personnes disparues.
Pays en première ligne du réchauffement climatique, l'Espagne a connu ces dernières années des vagues de chaleur de plus en plus longues, dès le printemps, avec des températures dépassant parfois les 40°C, créant les conditions pour des feux dévastateurs.
En 2025, plus de 393.000 hectares y ont été ravagés par les flammes, selon le Système européen d'information sur les incendies de forêt (Effis), soit les pires feux de l'histoire récente de l'Espagne. Bilan : huit morts.
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